MÉDITATION 2 : OBSERVATION

Le mental étiquette en permanence les phénomènes comme étant agréables ou désagréables. Il essaie ensuite de conserver ce qui convient et de rejeter ce qui ne convient pas. Il n’y a rien de mal à cela. C’est le travail du mental et ce n’est pas un problème en soi. Cela en devient un quand nous passons parfois une vie entière à constamment faire un effort pour conserver les émotions qui nous permettent de nous sentir bien et éviter les émotions qui nous font nous sentir mal. Pourquoi fait-on cela ? Parce que nous avons été conditionnés depuis notre naissance à croire que pour être heureux il faut se sentir bien.

Je suis heureux quand je me sens bien… (faux !)

Être heureux n’a rien à voir avec le fait de se sentir bien. Cette affirmation tient sa source dans l’amalgame que l’on fait entre le bonheur et le plaisir. Quand on est heureux, on a l’impression de se sentir bien, c’est évident. Mais croire qu’il faut se sentir bien pour être heureux est une erreur d’analyse du mental.

Vous pouvez être parfaitement heureux en étant ce que vous êtes, maintenant. Ce n’est pas parce qu’une sensation « désagréable » est présente que l’on n’est pas heureux. La preuve la plus évidente est le sport : quelle joie de terminer une randonnée épuisé, d’avoir souffert en soulevant des poids dans une salle ou d’avoir eu la peur de notre vie en sautant en élastique.

Les événements sont neutres

La clé pour sortir de ce conditionnement réside dans une compréhension plus juste de ce qu’est la réalité. La réalité est que sans étiquetage, c’est-à-dire sans le mental qui crée une histoire en interprétant ce qui se passe, il n’y a pas de différence entre les sensations. Par exemple, si votre conjoint vous touche délicatement la main, vous allez certainement ressentir une émotion agréable. Mais si un collègue que vous détestez fait exactement la même chose, l’émotion ressentie sera plutôt de l’ordre de la colère ou du dégoût. Pourtant la sensation physique d’être touché par quelqu’un est exactement la même dans les deux cas. Les événements sont donc neutres, c’est-à-dire sans émotions, et c’est le mental qui étiquette ce qui se passe et le classe dans la catégorie agréable ou désagréable en fonction de l’interprétation qui est faite des événements.

Pendant une méditation dite « d’observation », on développe une capacité à noter les événements plutôt qu’à les juger. Ce qui développe l’équanimité, mot qui pourrait être traduit par détachement, lâcher-prise ou tout simplement par non jugement. On peut facilement développer cette capacité tout au long de la journée juste en observant brièvement les sensations basiques du corps. Par exemple en notant simplement ce que nous ressentons physiquement (chaleur, douleur, pression du corps sur une chaise,…) ou les émotions présentes. Une prise de conscience de la vraie nature des émotions apparaît alors naturellement : elles arrivent, elles sont présentent un certain temps, puis disparaissent d’elles-mêmes si nous ne les retenons pas.

S’il peut être difficile pour quelqu’un qui commence à pratiquer la méditation silencieuse de différencier émotions et sensations, il est important d’arriver à distinguer les deux. Un moyen efficace de distinguer émotion et sensation est de se poser la question : « Comment je sais que…? »

Plutôt que de se dire « Je suis triste », on se demandera « Comment je sais que je suis triste ? », ce qui permet de revenir à la véritable sensation physique à l’origine de la tristesse. Ce processus peut être perçu comme plus difficile pour les personnes qui, pour une raison ou une autre, se sont coupées de leurs sensations.

Plus on développe cette capacité d’observation, moins on est dépendant de ses émotions et plus celles-ci apparaissent et disparaissent naturellement. C’est un lâcher prise naturel et sans effort. Le mental argumentera probablement que si l’on fait cela il n’y aura plus d’émotions et que l’on deviendra un légume. Toute personne ayant développé cette capacité à son extrême témoigne que non seulement les émotions sont toujours présentes, mais qu’elles sont bien plus fortes qu’avant. La différence réside dans le fait qu’elles ne sont plus colorées par le mental, plus retenues et plus rejetées.

Plus on pratique de cette manière, plus on se libère des émotions parasites, plus le cœur et l’esprit s’ouvrent, et plus on découvre que nous avons toujours été ce que nous cherchions à devenir.

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