AVONS-NOUS VRAIMENT LE CHOIX ?

de | 26/10/2017

Quand j’ai commencé à enseigner en 2005, j’utilisais souvent la phrase « On a toujours le choix ! » J’avais choisi de ne plus rester dans le domaine des télécommunications qui ne me convenait plus, j’avais choisi d’être heureux, et j’avais choisi de m’orienter vers la formation d’adultes. Si j’étais arrivé à faire tous ces choix, c’est parce que j’avais mis plus de 30 ans à comprendre que je pouvais choisir. Il fallait que je le dise aux gens.

Il y eut plusieurs fois des débats animés autour de cette question fondamentale pendant les cours que je donnais. Avec parfois de belles prises de conscience. Puis, un jour, tout a changé. J’ai arrêté de traiter ce sujet. Pourquoi ? Parce qu’il s’est passé quelque chose d’étonnant qui a changé ma vision du choix.

Pendant une formation, une dame me dit qu’elle est obligée de faire à manger à ses enfants tous les jours et que donc elle n’a pas le choix. Je lui demandai s’il existait une autre possibilité et elle répondit que l’autre possibilité était de ne pas leur faire à manger. Après quelques minutes de discussion, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait donc bien 2 choix, faire à manger ou pas, et qu’elle choisissait le premier. Donc elle choisissait, et choisir implique d’avoir le choix. Elle hésita un instant, puis répondit qu’elle choisissait effectivement, mais que c’était parce qu’elle n’avait pas le choix.

J’ai écrit cette phrase au tableau, Je choisis parce que je n’ai pas le choix, et j’ai demandé à la dizaine de personnes présentes si tout le monde était d’accord avec ces mots. Et, à ma grande surprise, tout le monde répondit… oui ! Je rentrai chez moi en me demandant comment cette dame pouvait choisir si elle n’avait pas le choix… Ma conclusion était évidente : soit ils étaient tous fous, soit c’est moi qui n’avais pas compris quelque chose. J’ai choisi la deuxième solution et j’ai médité sur le sujet pendant plusieurs jours avant de comprendre.

L’histoire de l’usine à clou

Imaginez une usine qui fabrique des clous. À la sortie de celle-ci se trouve un tapis roulant sur lequel défilent les clous finalisés, et un robot. Le robot est programmé pour sélectionner les clous qui sont hors normes, trop petits ou trop grands, et les jeter à la poubelle.

Première question : le robot choisit-il ? Si on considère la définition du mot « choisir », qui est de sélectionner une possibilité parmi plusieurs en fonction de certains critères, il est évident que le robot choisit les clous hors normes. OK, donc le robot choisit.

Deuxième question : le robot a-t-il le choix ? Peut-il décider de ne pas prendre un clou hors normes ? Non. Ou de prendre un clou correct ? Non plus. Peut-il s’arrêter de choisir ? Absolument pas. Donc non, il n’a pas le choix. Il choisit, mais il n’a pas le choix. Parce qu’il n’est pas libre de choisir.

Si je vous propose de boire un verre d’acide sulfurique, et que vous refusez, vous appelez cela avoir le choix ? Pour moi, oui. Pour d’autres, non. Techniquement, il y a effectivement 2 choix possibles. Mais, fondamentalement, auriez-vous pu choisir de boire de l’acide ? Beaucoup de gens répondront donc qu’ils n’ont pas le choix et qu’ils choisissent de ne pas boire le verre. Si vous pensez que vous avez 2 choix, vous allez avoir l’impression de choisir. Si vous pensez que vous n’en avez qu’un, vous allez avoir l’impression que vous n’avez pas le choix.

Quand on me propose du thé ou du café, je choisis !

La différence se trouve au niveau de la perception que nous avons des choix possibles ou non. Dans le cas du thé ou du café, il est vrai que vous avez choisi de prendre l’un ou l’autre. Mais avez-vous choisi de préférer l’un ou l’autre ? Si vous n’aimez pas le thé, allez-vous choisir d’en boire un ? Nos choix sont toujours conditionnés, ils ne sont jamais libres.

Nous sommes un peu comme le robot de cette usine. Nos choix sont conditionnés par nos caractéristiques et notre vécu et donc limités. Et ce n’est pas tout : nous n’avons aucun contrôle sur les choix qui sont faits car ces choix sont faits inconsciemment. Nous ne choisissons pas de tomber amoureux de telle personne, de ne pas nous entendre avec telle autre, de nous énerver quand une injustice est présente, d’être tristes quand nous perdons quelque chose ou quelqu’un. Cela vous est-il arrivé de préparer ce que vous allez dire et de finalement dire autre chose ? Face aux événements, des choix sont faits automatiquement en fonction de ce qui se passe et de nos conditionnements. Tous ces choix apparaissent librement et nous ne pouvons que les constater.

Exercice : Choisissez un chiffre entre 1 et 100, en prenant la peine d’observer attentivement ce qui se passe dans votre tête. Recommencez plusieurs fois si nécessaire. Si vous le faites sérieusement et en profondeur, vous constaterez probablement qu’un chiffre apparaît sans que vous sachiez d’où il vient. Ce n’est qu’une fois qu’il est apparu que vous en prenez conscience. Il y a choix, puis conscience du choix qui a été fait. Vous ne pouvez que constater ce qui a été fait, après que cela ait été fait. Et pourtant vous avez l’impression que c’est vous qui avez choisi.

« Je ne suis pas d’accord ! J’ai choisi d’acheter une voiture rouge ! » Vous avez acheté une voiture rouge parce que vous aimez le rouge. Vous n’auriez pas acheté une marron-vert parce que vous n’aimez pas cette couleur. Mais… avez-vous choisi d’aimer le rouge ?

« Hier, j’ai choisi de manger une pomme ! » Observez le processus : vous avez choisi de prendre une pomme parce qu’une envie de pomme est apparue. Mais avez-vous choisi d’en avoir envie ?

Alors je n’ai pas le choix ?

Pour pouvoir choisir, il faut que des choix possibles existent et que vous soyez conscients que vous pouvez choisir. Les gens qui disent qu’ils n’ont pas le choix sont soit des gens qui n’ont pas conscience qu’ils peuvent choisir, soit des gens qui choisissent de ne pas choisir, c’est-à-dire de prendre la responsabilité de leurs choix. Vous avez le choix, mais vos choix se font automatiquement, sans votre contrôle. Ils reposent sur des conditionnements et votre vécu. Vous avez donc le choix, mais ce choix n’est pas authentique, ce n’est pas un vrai choix, et surtout vous ne le contrôlez pas.

Ceci n’est pas une affirmation qui vise à vous convaincre, c’est une invitation à observer votre vie. Si vous aviez le choix de dire ce que vous dites, comment se fait-il que ce qui sort de votre bouche ne correspond pas exactement à ce que vous avez préparé ? Si vous avez choisi de maigrir, pourquoi n’y arrivez-vous pas ? Certains me répondront que c’est leur âme qui a choisi de vivre cette vie, pour diverses raisons. Mais alors qui a choisi ? Pas vous !

Donc je ne peux rien faire ?

FAUX ! Il existe 2 manières d’influencer les choix qui sont faits. La première consiste à comprendre vos choix. Si vous ne choisissez que des conjoints toxiques, et que vous comprenez pourquoi, vous constaterez que vous allez vous mettre à choisir un autre type de conjoint. La deuxième consiste à changer de niveau de conscience. Changer de point de vue, prendre du recul, méditer, comprendre qui vous êtes vraiment, sont des moyens de changer de niveau de conscience. Ce changement amènera lui aussi à faire d’autres choix. Parfois tout simplement parce que d’autres possibilités de choix vont apparaître, parfois parce que l’idée de quelqu’un qui choisit perdra son sens.

La maman citée plus haut peut donc prendre conscience que le choix de ne pas faire à manger à ses enfants est aussi un choix. Et qu’elle choisit (inconsciemment) de leur faire à manger chaque jour non pas parce qu’elle n’a pas le choix, mais parce qu’elle choisit de leur donner tout ce qu’elle peut pour qu’ils soient heureux et qu’ils grandissent de manière saine. Passer d’un « Je n’ai pas le choix » à un « Je choisis » supprime bien des tensions et certainement la sensation désagréable d’être une victime.

Conclusion

Résumons cette notion paradoxale du choix : Nous n’avons pas le choix, dans le sens que nos choix ne sont pas libres car ils dépendent de nos conditionnements et de notre vécu et apparaissent sans que nous puissions les contrôler. Nous avons le choix, dans le sens que nous pouvons prendre conscience de ces critères de choix et les changer. Nous avons donc le choix, et pas le choix, en même temps. C’est juste une question de point de vue.

Si vous avez compris, à la lecture de cet article, que le choix de prendre conscience des critères de choix apparaît lui aussi librement, vous aurez peut-être également compris que le choix n’est finalement qu’une illusion créée par le mental. Est-ce pour cela que nous n’avons pas le choix ? Non ! Quelle que soit la situation que vous vivez, il y a toujours des choix à faire. Même ne pas choisir est un choix. Que ces choix soient libres ou pas, conscients ou pas, ne change rien au fait que des choix sont faits. La vraie question n’est pas de savoir si vous avez le choix, elle est de savoir si vous devez choisir. Et la réponse à cette question est évidente : oui, des choix sont faits, chaque jour. Et si ce n’est pas vous qui les faites, quelqu’un va le faire à votre place. Comprendre que ces choix ne sont pas conscients ne change rien au fait que des choix sont fait.

Si je devais résumer cet article en une seule phrase, ce serait celle-ci : le choix est une illusion créée par le mental, mais ce n’est pas une raison pour ne pas choisir. Le monde est fait d’illusions. Quand vous regardez les informations à la télévision, vous savez qu’il n’y a personne dans la boite. Ce sont des points lumineux sur un écran. Et alors ? Cela ne vous empêche pas d’écouter quelqu’un. Le Soleil semble se coucher sur l’horizon chaque soir, et cela aussi c’est une illusion due aux mouvements de la Terre. Ce n’est pas pour cela que nous ne continuons pas à apprécier un magnifique coucher de soleil.

Alors tant que vous avez l’impression de faire des choix, continuez de choisir. Car ce sont vos pensées qui créent votre réalité. Si vous pensez que vous avez le choix, vous allez choisir et changer ce qui peut l’être. Si vous pensez que vous n’avez pas le choix, vous n’allez pas choisir et vous deviendrez dépendants des choix faits par d’autres.

Alors faites le bon choix…

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